Fioretti #8 Iwan et les autres

Chers Amis,

Quelques nouvelles de « l’étranger » si j’ose dire… En effet, il ne me semble pas avoir changé de région, ni même de pays, mais de continent !

Après neuf années, rudes… mais magnifiques, à la Porte de Bagnolet, mon archevêque, qui avait prévu de me confier une autre paroisse à Paris a consenti à me laisser servir, trois années, en Province, ainsi que je le souhaitais.

Me voici donc curé de Ploërmel (diocèse de Vannes) et ses environs, en charge de 18 000 âmes depuis le 1erseptembre, secondé par un vicaire à plein temps. Il s’agit d’une petite ville très scolaire, rejointe quotidiennement par plus de 3000 lycéens attirés depuis les quatre coins du pays Gallo par la réputation de trois bons lycées. Je découvre un décalage abyssal entre le cœur de la communauté paroissiale, fervent et assez engagé… et cette population jeune et très nombreuse dont il est difficile d’imaginer le degré d’ignorance religieuse et souvent aussi, la situation sociale.

En effet, alors que la misère matérielle et spirituelle me sautait aux yeux à chaque coin de rue dans le 20ème… je dois ici faire un effort permanent pour la concevoir avec ces têtes blondes dont les grands-parents couraient les pardons et les troménies (et un peu les bars aussi…) ! Comme partout en France, la proportion de baptisés est en chute libre. Quand je passe dans les classes du collège du Sacré Cœur, le simple nom de Jésus-Christ n’évoque rien ou presque et la misère est réelle.

L’autre jour, le jeune Iwan, en quatrième, m’entreprend sur le chemin de l’école et se confie le plus spontanément du monde : « je vis seul avec mon père, on chasse les pigeons pour les manger ; quand j’avais trois ans, ma mère m’a abandonné pour vivre avec une femme et je ne sais pas si j’ai reçu le baptême, je demanderai à mon père et vous dirai… ». Il vit très chichement dans un village à dix minutes de Ploërmel. La perspective de partir à la montagne en « camp Extram » l’enthousiasme mais lui paraît a priori impossible.

C’est là que vous intervenez !… On ne change pas une recette qui marche. Je prévois de confier ces petits Celtes païens aux bons soins des Saints Archanges, en Savoie en février ! Le chalet est réservé (j’y croiserai d’ailleurs mes chers amis de la Porte de Bagnolet qui conservent leurs bonnes habitudes).

Mais alors qu’à Paris je pouvais compter tout autant sur la Fondation Notre-Dame que sur Pro Multis pour organiser et financer ces séjours apostoliques… nous voici abandonnés au seul fonds de dotation ProMultis, la FND bornant ses soutiens aux Parisiens. Pourtant à la vue des niveaux de « Quotients familiaux » qui n’ont rien à envier à ceux de leurs frères et sœurs du Patronage du Cœur… il va falloir trouver des ressources pour relever ce défi.

Si le fonds Pro Multis restera fidèle au Patronage, notamment pour soutenir la transition et lui permettre d’affermir son propre réseau de bienfaiteurs, il a décidé de se tourner vers des détresses plus occidentales, plus discrètes mais bien réelles et dont nos campagnes françaises sont pleines.

Aux fioretti de la Porte de Bagnolet succèderont donc les fioretti de l’Argoat, mais c’est la même aventure apostolique qui nous anime et que vous soutenez !

Soutenons l’annonce de la bonne nouvelle du salut non seulement dans les quartiers sensibles des villes, mais encore dans ces campagnes reculées où la pauvreté est encore moins évidente mais bien réelle.

En vous exprimant d’avance ma reconnaissance pour votre fidèle amitié,

je vous confie au Cœur de Jésus…

et à Sainte Anne puisque nous entrons ici dans le grand Jubilé en son honneur.

Abbé Simon +