Avril 2020

Fioretti de la Porte de Bagnolet

Chers amis,

Voilà bientôt cinq années que le Seigneur m’a envoyé à la Porte de Bagnolet. Je souhaiterais vous donner quelques nouvelles de cette mission parce que d’une façon ou d’une autre, vous m’avez soutenu. Tout d’abord, rappelons que tous les jeudis soirs, à 19h, je célèbre la messe à l’intention des bienfaiteurs. Si cela reste la meilleure façon de vous remercier, il me semble néanmoins de mon devoir de vous montrer que vos «investissements» (spirituels, de services et financiers) portent du fruit.[br][br]

Pour mémoire, durant l’été 2015, le cardinal Vingt-Trois, à deux missions connexes mais distinctes (le relèvement d’une paroisse anéantie et la reprise d’une aumônerie de jeunes non moins dévastée) qu’il me confiait, en ajoutait une troisième, aux contours volontairement plus flous : « Et puis essaie également de faire quelque chose pour les jeunes, car à la Porte de Bagnolet, il n’y a bien longtemps qu’il n’y a plus grand chose ». Je n’évoquerai ici que ce troisième volet, soutenu par Pro Multis, celui de l’évangélisation de la jeunesse locale.[br][br]

Depuis cinq années déjà, j’aurais bien des fioretti à rapporter ! Les deux que j’ai sélectionnés dans cette lettre me semblent particulièrement éloquents dans la mesure où ils atteignent la finalité à laquelle tout ce que nous entreprenons ensemble, vous et moi. Le « Patronage du Coeur », ouvert le 1er octobre 2016, maison d’accueil et d’éducation des enfants du quartier voudrait leur permettre de grandir dans le bien, la vérité et la beauté mais utilement, en découvrir la source qui est le Coeur de Jésus.

Fioretti #1 : Aya

Un jour que je remontais les poubelles (le curé fait tout ici : sacristain, cuisinier, plombier, dame-pipi et un peu de catéchisme) je croise un couple qui se promène avec leur fille, l’air triste. Celle-ci tient contre elle un petit baluchon. En me saluant aimablement, ils m’entreprennent, en désignant l’église : « Vous n’auriez pas un bout de jardin par hasard ? Le hamster de la petite est mort, elle est très triste et elle cherche un endroit pour l’enterrer ».[br][br]

 

Quelques minutes après, nous nous recueillons au pied du tilleul. Je préside, la pelle à la main, les solennelles obsèques du rongeur trépassé. Comme souvent après des funérailles, les assistants s’éloignent en échangeant quelques mots à voix basse. J’en profite pour faire découvrir à Aya1)Les prénoms de ces deux histoires parfaitement authentiques ont été changés. l’existence du nouveau centre de loisirs qui longe le jardin. J’apprends que cette famille habite dans la rue derrière, à une centaine de mètres de l’église. Le lendemain, Aya est à l’ouverture de 16h, « pour essayer » ; le soir, sa mère vient l’inscrire. Elle viendra très régulièrement tout au long de l’année et de façon évidente… fera le camp d’été : « C’est pas une question, mon Abbé ! » (sic) …[br][br]
Cette année-là, le thème est celui des Iroquois et les Petites Soeurs de la Consolation, fidèles associées de nos épopées estivales, racontent aux enfants, chaque jour, la vie de la petite Sainte Kateri Tekakwika. Un vrai coup de foudre pour Aya qui découvre la joie de prier… et de prier Jésus.

L’avant dernier jour du camp, elle vient me voir pour me faire part de son grand désir de « devenir chrétienne ». Je l’assure que rien de plus beau ne pourrait lui arriver, mais que ses parents lui demanderont peut-être d’attendre d’être plus grande pour en décider. Je l’encourage à leur en parler calmement et dans tous les cas, à garder le contact avec le Seigneur par la prière. Je me demande bien comment elle présentera les choses à la maison, la famille étant musulmane ; je m’attriste en pensant à l’éventualité d’une non-réinscription, comme cela nous est déjà arrivé plusieurs fois, pour d’autres familles qui craignent le contact avec les chrétiens. Je suis rassuré et heureux de la voir revenir l’année suivante. Nous prions pour elle. Je me demande bien ce qu’elle garde dans son cœur. Une année passe et l’été suivant, Aya ne s’inscrit pas au camp.[br][br]

En septembre 2019, sa mère demande à me parler. Avec un accent charmant, elle me présente une demande à laquelle je ne m’attendais guère : « Depuis la colonie, Aya me dit qu’elle veut devenir chrétienne, recevoir le baptême… elle s’est mis cela dans la tête et cela ne lui passe pas ! J’ai bien réfléchi, franchement, cela ne me dérange pas, puisque je crois qu’il n’y a qu’un seul Dieu et j’ai du respect pour Jésus. Surtout, elle est si bien depuis qu’elle est ici, c’est comme une famille pour elle. Je voudrais seulement qu’on aille pas trop vite, il faut qu’elle soit sûre, parce que le baptême c’est important… ». Les bras m’en tombent, mais mon cœur de prêtre exulte! En attendant, Aya a rejoint le catéchuménat et, inch’Allah, deviendra fille de Dieu sous peu.

Fioretti #2 : Zahi

Zahi, lui a entendu d’abord parler du patro en raison de son « stade ». C’est ainsi que les enfants nomment pompeusement le terrain de tennis que nous avons emménagé en « foot five » et basket. Difficile de ne pas remarquer ce petit bonhomme de neuf ans qui semble littéralement traverser le terrain en apesanteur sous les yeux ébahis des plus grands qu’il ne manque pas de dribbler avec un insolence juvénile. Habité d’une énergie hors du commun, il peut courir sans s’arrêter trois heures durant, sans pause et sans faute.[br][br]

Inscrit au patro en milieu d’année il finit lui aussi par participer au camp d’été en Haute-Savoie, en juillet 2019.[br]

J’y surprendrai une discussion classique (assez représentative du « contrôle mutuel » exercé entre les coreligionnaires de notre quartier dès la maternelle) entre un aîné intrigué par Zahi qui ne s’interdit pas de chanter avec enthousiasme durant les temps de louange et participe même, avec un enthousiasme non dissimulé, au petit topo matinal de Soeur Bénédicte. « Zahi, t’es musulman ! Pourquoi tu chantes ? » Sur un ton qui ne plaisante pas, j’entends Zahi lui répondre : « Non, moi je suis chrétien !».[br][br]

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Non moins étonné que son inquisiteur, je trouve un moment pour lui dire que j’ignorais tout à fait qu’il était chrétien et lui demande s’il sait où et quand il a reçu le baptême. Ma question lui fait découvrir sa nécessité pour devenir chrétien, Jésus, qu’il semble connaître personnellement, ne l’en ayant pas informé. Cette découverte est un choc. Il lui est très difficile d’admettre qu’il n’est « pas encore tout à fait chrétien »… Quelques jours après, quel drame de se voir refuser le service de l’autel auquel il se présente le plus naturellement du monde !
En essayant de comprendre ce qui l’il attire dans la foi chrétienne, je découvre qu’il vit de façon évidente mais bouleversante pour moi, une relation d’amitié très vivante avec le Seigneur, qui fait partie de sa vie. Quand il comprend que je ne pourrai pas le baptiser avant la fin du camp, qu’il pique une de ces colères dont il est coutumier et je me demande, à nouveau, comment les choses seront présentées à la maison…[br][br]

À la rentrée, je fais mieux connaissance de sa mère qui m’avoue peiner à canaliser l’énergie non seulement physique mais spirituelle de ce garçon qui a besoin de faire ses trois heures de ballon par jour… et lui parle très régulièrement de son ami Jésus « qui est mort sur la Croix, franchement cela ne se fait pas, Il était trop bien…». Elle me dit qu’elle n’est pas contre la demande de Zahi, qu’elle même prend depuis des années ses distances avec l’islam dans lequel elle est née, mais ne savait pas comment s’approcher du christianisme qu’elle estime. Nous commençons donc le catéchuménat de Zahi. Cette formation est normalement hebdomadaire. Mais il est difficile de faire attendre Zahi d’une semaine sur l’autre pour connaître la suite de « l’histoire de Jésus ». Il a donc trouvé une technique pour accélérer sa formation chrétienne : à l’« Aide aux Devoirs » organisée par le patro à la sortie des classes quotidienne, on est obligé, en Primaire, de travailler au moins une demi-heure, sachant qu’il est toujours possible de compléter ses devoirs par une bonne lecture. Zahi s’arrange donc pour s’acquitter de son travail le plus vite possible afin de pouvoir avancer dans sa lecture assidue d’une excellente B.D. sur la « vie de Jésus », en venant me voir pour que la lise avec lui et lui explique.[br][br]

La semaine dernière, étant moi-même mobilisé par la rédaction d’une fable avec un autre élève, je demande sans réfléchir à une animatrice d’accompagner la lecture de Zahi. Or, celle-ci est une étudiante de 20 ans, elle-même de famille musulmane qui vient de rejoindre notre catéchuménat paroissial ! Appréciez la beauté de cette scène : la vie de Jésus racontée par une catéchumène à un catéchumène… L’Esprit Saint a plus d’un tour dans son sac et nous devance toujours !

Ajoutons que raconter la vie de Notre Seigneur à un enfant qui semble Le connaître si personnellement m’impressionne et me fait vraiment comprendre pourquoi Jésus préfère le qualificatif de moissonneurs à ce lui de semeurs pour désigner ses collaborateurs. Il veut simplement que nous mettions la main à la pâte, mais Il reste le chef de la mission, assurément.

Un peu las des assauts quotidiens de Zahi, je ne me vois pas attendre et baptiserai Zahi dans la nuit de Pâques2)J’ai rédigé ce bulletin avant le confinement et les reports des baptêmes de Pâques. Zahi sera baptisé dès que possible..[br][br]

Cette histoire n’est pas finie….[br][br]

Au milieu du camp de neige, le mois dernier, je reçois un texto de sa mère qui me demande très clairement à devenir chrétienne. Elle m’explique que la transformation de son fils lui offre la démonstration que Jésus est vivant et qu’Il est vraiment Dieu. J’ai failli en tomber de mon télésiège. Elle a rejoint le catéchuménat ou deux autres adultes de même origine religieuse viennent, par ailleurs, de s’engager. Dieu est grand ! 

Pourquoi vous raconter tout cela ?

Si je vous rapporte ces faits, c’est qu’ils surviennent précisément à un moment où, je ne vous le cache pas, je commençais à me demander si tout ce que nous avons entrepris ici – grâce à vous notamment – porterai un jour du fruit…[br][br]

Bien entendu, en amont de l’évangélisation des âmes, il y a déjà du bien qui se fait et non des moindres : apprentissage de la fraternité (la vraie, qui suppose la reconnaissance d’un Père commun) dans un quartier où la violence est et dépasse parfois l’entendement3)il y a quelques semaines, Eric, le grand frère d’Etienne, un jeune ivoirien de ma paroisse, qui a fait plusieurs camps avec nous a été battu à mort dans une cave, après avoir subi de monstrueuses tortures…http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-un-jeune-homme-de-22-ans-frappe-a-mort-dans-une-cave-du-xixe-25-11-2019-8201091.php, aide aux devoirs quotidienne, vacances au grand air. Mais croiser tout le jour des milliers de jeunes Français d’origine africaine, pour vérifier à tout instant que nous n’avons rien fait pour leur faire aimer la France et le Christ ! Se sentir si impuissant finissait par « me taper sur le système ».[br][br]

Entre déni et fatalisme, la tentation est immense pour les catholiques, de se consoler à coup d’événementiel sympa, «entre nous», comme on profite des derniers jours de l’été,  et pour les Français, de se résigner à vendre, que dis-je à abandonner, cette si belle maison familiale, la France…. « parce qu’il n’y a personne pour reprendre… ».

N’était-ce pas un peu naïf de ma part, d’espérer pouvoir changer quoi que ce soit à ce qui semble fatalement nous échapper ? Ne faut-il pas se cantonner à catéchiser nos têtes blondes (ce qu’il faut aussi assurer, bien entendu) et laisser l’Esprit Saint agir ?[br][br]

Aya et Zahi… mais peut-être aussi leurs parents, leurs cousins – je le crois et il me plait de l’espérer – ont tout autant le droit de connaître le Nom et le Visage de Celui qui le Sauveur de tout homme. Jésus est mort, ressuscité et vivant pour chacun d’entre nous ! Rattraper le temps perdu n’est sans doute pas possible, l’évolution démographique aidant, dans ces territoires perdus de la République et de l’Église. Mais l’Histoire nous apprend que la conversion de quelques uns a pu changer son cours de façon soudaine. M’est avis qu’il faut essayer ! Comme pour bien des causes qui peuvent sembler, à vue humaine, perdues, nous avons le devoir de le tenter.[br][br]

Pour l’honneur de Dieu et en fidélité au principe résumé par l’intrépide petite Jeanne : « Les hommes batailleront et Dieu donnera la victoire ». Dieu nous demande simplement de nous y mettre, Il se charge du reste !

Création d’un Fonds

J’en viens maintenant à vous parler de «Pro Multis». Nombre d’entre vous nous avez soutenu financièrement à travers les campagnes du patronage (Association ACEL HM / Patronage du Coeur), de l’Association P.A.T.E.R. voire de la Paroisse du Coeur Eucharistique (Denier) ou d’autres dons. J’avoue être un peu perdu entre ces différentes entités, les bienfaiteurs étant à chaque fois différents. Aussi ai-je eu du mal à donner des nouvelles, les fichiers étant diversement mis à jour… et parfois à remercier à temps, en mélangeant les choses. Je vous demande pardon pour de possibles oublis de remerciements et un défaut certain d’information… et « je prends la ferme résolution » de faire autrement, cette lettre en est la preuve.

En prenant conseil, j’ai décidé de tout orienter dans la même escarcelle pour gagner en simplicité de présentation, d’information etc : n’avoir qu’une seule communauté de bienfaiteurs à administrer et surtout pouvoir vous donner plus régulièrement, plus fidèlement, des nouvelles précises. Je mets un point d’honneur à investir chaque euro dans l’éducation et l’évangélisation des milieux populaires au milieu desquels j’ai la grâce de servir. Je veux pouvoir vous en assurer en détail.[br][br]

Avec cette lettre, je vous adresse donc un premier appel officiel pour contribuer à constituer ce fonds dans le but de soutenir simultanément trois objectifs que je vous laisse découvrir en détail sur le site :[br][br]

Pour vous décider à rester bienfaiteur ou pour le devenir, il suffit de faire un don, même modeste ![br][br]

Je continuerai de vous donner des nouvelles à travers ces Fioretti pendant que Vincent, Charlotte et Gilles, que je remercie chaleureusement pour leur engagement dans cette aventure vous en donneront également de plus officielles.[br][br]

Les Fioretti vous étant personnellement adressés et rapportant des faits parfaitement authentiques mais assez précis, je vous saurais gré de ne pas les communiquer. Je peux bien entendu inscrire des destinataires que vous me recommanderiez et le bureau peut également vous produire des présentations aconfessionnelles, plus présentables pour certaines fondations ou entreprise, comme l’air du temps l’impose désormais.

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Merci d’avoir pris le temps de me lire.[br][br]

En espérant que ces récits vous aurons mis du baume au coeur et plus profondément remplis d’Espérance ![br][br]

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) : rien ne pourra jamais faire mentir cette parole ! Le Seigneur est là non seulement tout le temps, mais partout… et pour tous :
Il a versé son Sang pour la multitudePro multis effundetur.[br][br]

Je vous bénis et dépose vos intentions dans le Coeur de Jésus,[br][br]

chaque jeudi Soir, et plus souvent encore.[br][br]

Abbé Simon +

Références

Références
1 Les prénoms de ces deux histoires parfaitement authentiques ont été changés.
2 J’ai rédigé ce bulletin avant le confinement et les reports des baptêmes de Pâques. Zahi sera baptisé dès que possible.
3 il y a quelques semaines, Eric, le grand frère d’Etienne, un jeune ivoirien de ma paroisse, qui a fait plusieurs camps avec nous a été battu à mort dans une cave, après avoir subi de monstrueuses tortures…http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-un-jeune-homme-de-22-ans-frappe-a-mort-dans-une-cave-du-xixe-25-11-2019-8201091.php